Chapitre 4 – Cap d’Agde, au rythme des saisons
La saison estivale approche. Saison des réjouissances, des nuits longues et chaleureuses, du règne de la femme de lettres. Soirées mondaines en approche. Lectures pimentées à révéler.
Enfin ! Sortir de mon antre…
La lente hibernation a produit ses fruits : les nuits d’hiver, je mens et j’écris. Me nourrissant sans cesse des élucubrations des uns sur les sites libertins, des troubles fébriles des autres sur des sites plus ciblés sadomasochistes. Rien de tel que l’épistolaire pour essayer la dépendance affective tangible, sans manipulation mauvaise, hein ! Je joue carte sur table.
Je suis âme charitable – rappelle t’en!
Sur les sites, la moquerie est de rigueur : je m’amuse à railler la virilité classique. Le soumis aime qu’on lui décrive sa position subordonnée, son allégeance précieuse. C’est aussi lui rappeler qu’il est chanceux de correspondre avec moi, qu’il est digne d’une attention.
Eh ! A l’instant où je me connecte, les refrains d’esclave pleuvent et chantent la litanie du fétichisme des pieds ou celle des foulards, l’admiration du cuir et des gants, la dépendance au latex !
Alors, c’est un honneur si je réponds !
Je ris de me voir mente sans religion dans mon miroir ! « La mauvaise foi est l’âme de la discussion. », paraît-il.
Si je réponds dans la verve ironique, c’est aussi pour cristalliser sa condition servile et l’inciter à prendre plaisir sous l’humiliation. C’est son plaisir et son euphorie !
Alors, désormais, on reconnaît ma charité naturelle ?
Par écrit, ils me supplient et me demandent de les laisser respirer semelles et bas ! Semelles de vent !
Sur les sites, les photos implicites sont de mise. Les puzzles de jouets et de cordes ; parures et nœuds, décolleté et jambes gainées déchainent les fantasmes inavoués et cultivent les envies qui purgent le sperme ! Les mots coulent, les ventres se vident, le printemps s’annonce…
Quand il fait froid dehors, ici, dans mon antre bourgeoise, l’encre coule, nourrit des scenarii qui vont prendre vie à la fonte des glaces. Il y a sous mon crâne, la drôle euphorie des gens du nord à l’approche de la belle saison. Le soleil estival va jalouser la productivité des nuits diverses ; la nuit d’été va sublimer les esprits excités. L’heure est à la fermeté des mots, le fouet des silences pour mâter les insoumis. Mon verbe et mon martinet vont s’enrouler autour de la verge antique ! Mes yeux verts, les soirs de représentation, vont percer les pêchers et crier la tentation. C’est la saison des enfers ! Rimbaud ne me contredira pas.
C’est le moment ultime des soirées cheptel : Diane lit et dit ; dresse et active la puissance tendue des mots qui demandent à être accueillis. C’est un rituel endiablé.
Plus prosaïquement : j’utilise les mots exacts qui font bander les maudits du patriarcat.
« Tu es esclave, sous mon joug, tu courbes l’échine pendant que je lis. Regarde-toi, tu es à quatre pattes, offert aux yeux de tous et en attente. Immobile. Tu es gêné, je le sens, sous l’ampleur du bâillon, tu implores d’un regard inférieur, tu gémis. Baisse les yeux et écoute ce qu’il va advenir de toi, là, bientôt. »

