29 novembre 2024 – soirée lecture pas ordinaire, chez Yvonne, jolie quiqua dont le sourire n’a d’égal que la soif d’ivresse libre et légère. Dans son sublime salon baroque, la place de choix pour lancer la pomme à croquer et lire ce texte que je préfère jouer : Voyeuse !
Ça tombe à pic et à crocs ´
« Je m’appelle Marie-Anne. J’ai quarante-sept ans, je suis maman d’une adorable Bérangère, six ans, scolarisée à l’institut Saint-Pierre, le plus prestigieux de ma ville !
Je suis mariée à Thierry, cinquante ans, architecte, franchement sollicité et overbooké. Quant à moi, je suis commerçante à mi-temps dans une boutique de lingerie de luxe.
Je dresse le tableau de ma vie qui me sied. Le mien. Fiche d’état civil, fiche professionnelle, case sociale « très privilégiée » cochée. C’est peut-être un moyen de justifier mes confidences, celles à venir.
Nous vivons dans un vaste appartement haussmannien, tout de blanc, de boiseries, d’immenses rideaux pesants et cousus sur mesure. Notre choix s’est évidemment porté sur une rue bourgeoise de notre ville, en hypercentre, près de ma vitrine, près de son bureau, près de l’institut scolaire et face à un joli hôtel qui porte le nom latin de notre ville, Furania.
C’est un bel établissement familial, respectable, et pourtant, il m’est arrivé d’y entrapercevoir, bien contre mon gré et mon penchant pour la bienséance, des scènes improbables. L’insolite n’est pas ma tasse de thé, ni mon verre de vin, semblerait-il.
Face à ma fenêtre… Un lit blanc, des chevets rose pâle, une lumière qui dévoile plus qu’elle ne tamise.
Un soir…
Une longue femme rousse, allongée sur le lit, robe retroussée et rideaux grand ouverts. Un homme, accroupi entre ses jambes, la lèche, infiniment.
Quelle animalité ! Je suis sidérée. J’ai beau restreindre mon regard, la scène dure infiniment ! Vraiment ! Mon cœur bat la dégringolade des secondes médusées.
C’est intolérable ! Comment peut-elle ? Comment aime-t-il ?
Pensée de secours et retour au rituel rassurant : je vais chercher mon thé fin… Le temps de la pause publicitaire, le temps de la chauffe de l’eau, le temps de l’infusion…
Mais, quand je passe à nouveau devant la fenêtre-écran… toujours la même posture, lui enfoui impudiquement dans son entre-cuisses ! Elle cambrée dans une souplesse inhumaine. Habitée, révulsée !
Mais, enfin ! Qu’ils ferment leur huis clos de luxure !
Qu’une femme laisse libre cours à son impudeur sans retenue ! Ah ! Comment est-ce possible ?
Thierry n’est pas rentré, je ne peux même pas le prévenir de ce défaut de respect du voisinage… Frustrée par ce silence insoutenable, je vais, je viens, dans le couloir ouvert sur le vice. »


